Montpellier porte en mémoire les victimes de la barbarie nazie et ceux qui sont tombés pour la nation

libre de droit

Discours de Michael Delafosse, Maire de Montpellier, Président de Montpellier Méditerranée Métropole, prononcé à l'occasion du 81ème anniversaire de la Libération de Montpellier, 26 aout 2025.

Madame la Ministre en charge de la mémoire et des anciens combattants, Monsieur le Préfet, Madame la DASEN représentant Madame la rectrice, Madame la députée, Monsieur le Sénateur, Monsieur le vice-président du conseil départemental, Madame la Vice-Présidente de la région Occitanie, Madame le Maire honoraire de Montpellier, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs les membres des associations de mémoire, du monde combattant, patriotique, merci de votre présence. Merci à nos porte-drapeaux qui depuis ce matin et pour chaque cérémonie sont présents à titre bénévole

Je pourrais le dire, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse très chaud, toujours là, fidèles au poste, à nos couleurs. 

Mesdames et Messieurs, merci de votre présence. Certains nous ont accompagnés depuis ce matin avenue de Lodève.

Je voudrais, Madame la Ministre, commencer par vous exprimer ma profonde gratitude en ma qualité de maire pour avoir assisté aux trois commémorations des célébrations de la libération de Montpellier. L'année dernière, nous étions ensemble pour les 80 ans Place de la Comédie.

Devant ce monument qui nous rappelle le maquis de Montferrier, la contribution des républicains espagnols à la libération de la ville. Nous n'oublierons pas non plus, votre présence devant la Villa des Rosiers, où la Gestapo accomplit ses bases œuvres.

Et ici, dans quelques instants, honorer la mémoire des victimes de la milice qui, rappelons-le, étaient des Français, les bourreaux. Merci pour cela et aussi pour le soutien apporté au travail de mémoire que nous engageons ici à Montpellier. Et notamment, je répondrai à la question de William Garivier, des financements apportés.

Ces cérémonies ont plusieurs enjeux. D'abord, depuis ce matin, quand nous nous saluons, dans ce jour d'août, où les tourments du monde sont là. Bien sûr, c'est l'actualité, mais nous avons le plaisir de nous saluer, de nous rencontrer.

Certains sont présents parce qu'il y a une part de leur histoire personnelle qui est liée à ces commémorations. Comment ici ne pas penser à Alice, chère Brigitte, cher Luc,. Comment ne pas exprimer à cet instant ma reconnaissance de ce témoignage d'un couple montpelliérain qui racontait l'histoire d'un père qui a combattu parmi les Français.

Cette mémoire est là aussi pour des descendants, des aïeux, des personnes qui ont subi la torture de la Milice. C'est donc notre mémoire, mémoire familiale. C'est la mémoire de notre ville Montpellier, qui, si certes, n'était pas la première ville occupée.

Elle était en zone libre. Une fois que la zone libre ne fut plus libre, fut un moment tragique de l'occupation, fait de privation, fait de dénonciation, fait de lâcheté. Mais aussi, à l'image de beaucoup de figures de notre pays, un haut lieu de la résistance.

Et nous avons eu à cœur de l'honorer à l'occasion des 80 ans de la libération de Montpellier. Qu'il me soit permis ici de revenir sur quelques événements que nous avons accomplis ensemble. Cher William, Madame la Ministre, vous avez eu des mots très élégants.

Oui, nous avons enfin fait apparaître le nom des victimes civiles des bombardements de Montpellier au moment de la libération. Cette histoire qui est racontée de rue en rue, par des vieux Montpelliérains, des vieilles familles Montpelliéraines. Enfin, au parc René Dumont, il existe une stèle avec le nom des victimes civiles.

Grâce à la mobilisation de chacun d'entre vous, nous avons pu faire ressurgir des noms qui n'avaient pas encore été inscrits sur les rues, sur les places. Je pense ici à Élise Baudou, je pense ici à la figure du père Prévost qui joua un rôle décisif aux côtés de Sabine Zlatine. Monsieur le Préfet, vous avez représenté le département lors des commémorations d'Isieux l'année dernière.

Nous nous sommes attachés à essayer de faire que rien ne soit oublié. Nous avons voulu honorer Laure Moulin, qui n'était pas que la sœur de Jean Moulin, qui était aussi une figure de la résistance. Nous avons fait ce travail avec des universitaires, avec tous ceux qui nous ont apporté témoignages.

Ça a donné lieu à deux recueils, un d'études héraultaises, l'autre d'une étude historique de la ville de Montpellier, qui nous aident à mieux comprendre ce que furent ces années sombres, la libération, et de pouvoir contribuer à une meilleure connaissance pour les générations futures, pour transmettre. Ce sera ma conclusion. Ce travail, cher William, passe par ce lieu où, sous votre impulsion, l'ensemble des acteurs publics se sont mobilisés pour que nous puissions protéger, rénover et ouvrir.

Protéger parce que le temps faisait son œuvre et ses inscriptions, dont nul ne peut raconter la violence qu'elles représentaient, risquaient de s'effacer. Et donc aujourd'hui, cette phrase est "order ordo", protégée. Les appels d'offres sont lancés et donc les geôles vont être rénovées.

Et ici, Madame la DASEN, sous l'autorité de Monsieur le Proviseur, elles pourront s'inscrire dans un parcours pour les élèves de troisième, de seconde, de première, peu importe, les jeunes, pour qu'au-delà des places, au-delà des noms de rue, au-delà des plaques, ils puissent faire ce même parcours que souvent nous accomplissons chaque année pour découvrir et expliquer. Ce sera fait, transmettre. Nous n'en avons pas tout à fait terminé avec ce cycle de commémorations.

Je voudrais ici donner deux informations. La première, en accord avec le représentant du comité Yad Vashem, que je veux saluer. Nous allons à côté du monument aux morts, là où figure le monument à la mémoire des victimes de la résistance et de la déportation.

Là où Georges Frêche a ramené de la terre de Auschwitz, qui se trouve dans la stèle. Là où Hélène Mandroux a tenu à ce que les commémorations du 27 janvier se tiennent. Chère Hélène, nous allons dévoiler prochainement une stèle avec le nom des Montpelliérains et des Montpelliéraines de confession d'origine juive, qui ont été déportées et qui ne sont pas revenues parce que exterminées dans les camps de la mort.

Pour la première fois, nous avons l'ensemble des noms. Cher Mickaël Iancu, ils sont 440 dans l'Hérault, 440 de nos concitoyens, parce que juifs, ont été envoyés à la mort lors d'une rafle d'août.

Et bien, ceux de Montpellier figureront à côté de ce monument. Les noms, les familles pourront se recueillir. Mais là encore, les professeurs, les associations pourront faire œuvre de mémoire.

Cela me semble fondamental, nous en parlions, chère Patricia Miralles, en marchant. À l'heure où l'antisémitisme, ce vieux démon européen, ressurgit de manière effroyable depuis les événements du 7 octobre, mais malheureusement, depuis que ce siècle est apparu, et c'est aussi pour cela qu'un arbre va être planté à la mémoire d'Ilan Halimi, première victime de l'antisémitisme au XXIe siècle, dans le jardin d'Arménie, à côté de la stèle du 16 juillet des victimes de la rafle du Vel d'Hiv. Nous ferons un deuxième acte, Monsieur le Préfet. Nous en avons souvent parlé tous les deux, sur une place qui porte un nom à Montpellier, celle des Martyrs de la Résistance.

Je me suis beaucoup interrogé, jeune, moi-même étudiant en histoire, sur à quel moment ce choix avait été fait. En 45 ? En 46 ? En 49 ? En 50 ? A quel moment la mémoire nous a-t-elle semblé utile ? J'y vois ici le choix de la municipalité, sans doute, de laver la souillure qu'avait vécue cette place où Franco était venu rencontrer Pétain, sous une clameur indigne, probablement, de ceux de la milice qui étaient là. Place des Martyrs de la Résistance.

Grâce à un travail très précieux, nous allons installer 140 pavés avec les noms des résistants et résistantes montpelliéraines, montpelliérains qui n'ont pas encore été honorés dans notre ville. En fait, il n'y en aura pas 140. Il y en aura, à ce jour, 130.

Mais un jour, une boîte à chaussures, des souvenirs, des témoignages ressurgiront et conduiront les municipalités successives à compléter les noms. Ce sera dévoilé en présence des descendants le 18 novembre, avant l'inauguration de cette place, le 26 novembre, jour anniversaire de notre ville. Entre-temps, nous aurons fait la stèle, cher Mickaël, à côté du monument à la mémoire des victimes de la déportation.

Et puis, je voudrais, Madame la Ministre, Monsieur le Préfet, saluer vos services, ceux de l'ONAC, qui nous accompagnent pour ces cérémonies, protocoles, la présence, qui veillent au grain. Pardonnez-moi cette expression familiale. Ils nous ont donné une autorisation très importante.

Sur le monument aux morts de la Grande Guerre, nous pourrons inscrire le nom de Jean Moulin, car Montpellier était sa dernière ville de résidence. C'est un grand devoir et une grande tâche que nous aurons à cet instant. Et pour les générations futures.

Car si la photo choisie par sa sœur pour répondre à la demande du président de la République de le Panthéoniser a été celle prise aux Arceaux, nous savons, Monsieur le Préfet, que c'est dans son mur qu'il a commencé son travail comme directeur de cabinet. Parce que le Doyen de la faculté de droit, nous savons que c'est dans notre université qu'il a étudié et nous savons ici qu'avec sa sœur, ils servaient ensemble. Un idéal qui, évidemment, nous dépasse la France et un idéal qui nous oblige.

Ainsi, nous aurons achevé notre travail de commémoration de la libération du sol national, de la victoire des alliés face aux ténèbres, célébrée le 8 mai, mais aussi le 3 septembre pour les armées d'Orient. Ainsi, nous aurons fait ce travail et notre devoir devrait être encore plus grand. Car des gens de ma génération ont pu grandir dans la paix en écoutant dans les classes le témoignage des résistants, en rencontrant les déportés, en rencontrant les figures, comme Edith Boskovich, qui a été sauvée et prise juste parmi les nations.

Et donc, le temps fait son œuvre. Les gens qui ont vécu cette période si sombre, si infamante dans l'histoire humaine, mais si grandes par le courage de ceux qui nous ont délivrés, notre rôle, c'est de veiller à ce que la flamme de la résistance vive de génération en génération. Un nom de rue, un nom au sol, ici un lieu à visiter, une bibliothèque, un centre de documentation, des ressources, pour faire en sorte que nos sociétés continuent à se développer et à progresser en ayant des repères qui ne sont pas pesants, mais éclairants.

Comme une flamme, comme un feu sacré, comme le courage des hommes et des femmes et en mémoire de ceux qui périrent sous le supplice de l'infamie de la milice. Madame la Ministre, je veux vraiment à nouveau vous exprimer mes remerciements, car votre présence ici témoigne, je vous le dis, une forme de reconnaissance de l'action que nous avons voulu mener à l'image d'autres maires, d'autres villes de France, où partout nous cherchons à donner bon sur ce qui est essentiel, la République et la France. Je vous remercie.