Bonjour à tous et à toutes. Je voudrais d'abord saluer un certain nombre de personnalités qui sont présentes. Monsieur le représentant de la région, cher Christian Assaf et Madame Wisniewski qui représentent le département.
Je veux remercier ces deux collectivités de nous accompagner dans ce festival. Je vous parlerai un peu d'argent et de chiffres tout à l'heure. Je veux évidemment saluer aussi les nouveaux maires élus, monsieur Sauvagnac de Vailhauquès, monsieur Hivin de Saint-Jean-de-Védas.
Ils viennent d'affronter l'épreuve du suffrage universel. C'est une saine épreuve. Mais je trouve que parmi leurs premiers actes, il est très élégant de venir ouvrir en ouverture de cette grande manifestation qui fête ses 40 ans, la comédie du livre Dix jours en mai.
Je voudrais saluer de nombreux visages familiers présents qui, tout au long de l'année, travaillent autour du livre, de la littérature, de la poésie, du théâtre, les radios associatives, tout ce qui fait que Montpellier est une ville de très forte vitalité culturelle. Je vous dis que je vous parlerai un peu d'argent. Je vais le faire.
Je vais casser l'ambiance. Non, je vais vous dire que cette manifestation, elle est grande, elle est belle. Elle a 40 ans.
Elle est née sur la place de la comédie. Elle s'installe sur l'esplanade royale du Peyrou. Elle s'ouvre ici dans cet écrin formidable où la vie lyrique et symphonique résonne.
Et elle est une politique publique portée par la ville, la métropole, soutenue par la région Occitanie et par un certain nombre de mécènes que je veux aussi remercier. Nous consacrons ainsi 900 000 euros d'argent public pour tenir ce grand festival qu'est la comédie du livre. Ce chiffre peut vous apparaître vertigineux, il l'est, mais il nous permet de tenir, pour continuer à accompagner nos libraires qui sont présents dans nos villes, Montpellier et des communes de la métropole. Il nous permet d'accueillir près de 320 auteurs que vous pourrez rencontrer pour des dédicaces, mais surtout avec lesquels vous pourrez écouter leurs paroles, comme ce soir, comme dans beaucoup de lieux de la ville, pour partager, échanger autour de leurs œuvres.
Ce chiffre est vertigineux, mais je me dois de vous le dire, parce qu'il y a en ce moment dans notre pays un phénomène très inquiétant où des initiatives autour du livre, comme à Bron, ont décidé de tirer le rideau, faute de moyens financiers et de soutien de leur collectivité. En effet, l'économie de la culture est parfois percutée par cette inflation galopante, par une faiblesse de soutien, aussi, il faut le dire, sur le plan politique, sur le plan citoyen, et cela est regrettable. Alors, nous faisons ce choix, comme tout au long de l'année.
C'est une fierté que nous ne mesurons peut-être pas parce que nous nous y habitions, mais notre territoire comporte 15 médiathèques, 15 lieux où tout au long de l'année, on accueille, je veux en saluer l'ensemble de ces personnels, eh bien, des enfants. Vous pouvez les applaudir. Ah, merci.
Qu'incarnent le service de la lecture publique. Ils accueillent des enfants, des grands-parents, nous, comme usagers pour venir lire la presse, emprunter un livre, assister à une conférence, et ils jouent un rôle extrêmement précieux. Quand, dans des territoires, il n'existe pas de médiathèque ou de bibliothèque, c'est souvent un territoire désertique, pas en habitant, mais sur le plan culturel.
Nous faisons donc ce choix de financer, par la contribution commune, vous avez bien compris que je parle de vos impôts, eh bien, ce service public autour du livre. Nous le faisons parce que le livre est un outil d'émancipation. Je parle comme un professeur.
C'est un objet pour nos imaginaires, c'est une ouverture sur le monde. Et aujourd'hui, tout cela est mis à rude épreuve, et nous voyons aussi des concentrations par des gens qui possèdent beaucoup d'argent, ce qui est leur droit, mais qui remettent en cause des modèles auxquels nous nous étions habitués, et nous ne devons pas rester indifférents à ce qui se passe dans la maison d'édition Grasset. Et donc, c'est une grande fierté, cher Régis, et c'est pour moi l'occasion, au nom de tous les habitants, de saluer ton travail et celui de ton équipe, de vous dire que la Comédie du Livre invite 320 auteurs, 38% de maisons d'édition indépendantes.
C'est un choix absolument majeur. Il y en a une ce soir, il y a le Diable Vauvert qui n'est pas très loin. Et donc, c'est une forme de résistance qui s'affirme ici.
C'est une mission de service public face à ces formes de concentration qui peuvent menacer la diversité de chemins entre les écrivains et les écrivaines, et nous, les lecteurs. C'est faire aussi, ce que je vous dis, c'est le choix de la culture. Il y a en ce moment, dans notre paysage français, des formes de violences insoupçonnées.
Il y a beaucoup de violences. Mais l'arrêt de subvention d'un festival comme Jazz à Junas, dans la ville de Vauvert, n'est pas anodine. Comme la déprogrammation d'une exposition parce qu'elle ne sied pas à l'élu local.
Ce sont des éléments très inquiétants qui nous invitent collectivement à prendre la mesure de ce qui se passe autour de la culture. Alors l'affirmation qui est la mienne, partagée par les élus de la ville de Montpellier, que je remercie, et ceux de la métropole, c'est que nous devons poursuivre cet effort en faveur de la culture, et en particulier du livre. Et c'est ainsi que je nous proclame, d'une certaine manière, face à un air du temps qui apparaît populiste, qui apparaît voulant contrôler les libertés.
Eh bien, je nous appelle à continuer à être en résistance pour défendre ce très beau modèle qui est celui du service public de la culture. Alors, mesdames et messieurs, c'était le moment des chiffres. Mais peut-être ce soir, nous devons prendre toute la valeur d'accueillir une auteur ukrainienne.
Et pardonnez-moi si je m'exprime mal sur votre nom, mais Sofia Androukhovytch, qui habite Kiev, un pays qui est frappé par la guerre, qui nous rappelle combien, aujourd'hui, ce qui nous apparaissait lointain est aujourd'hui aux portes de l'Europe. On ouvre par une grande voie de la littérature ukrainienne. Nous clôturerons cette comédie du livre dans dix jours, dimanche, par une grande rencontre, qui est une immense fierté pour notre ville, celle d'un dialogue entre une grande conscience de la Palestine, Elias Sanbar, ambassadeur de l'État de Palestine à l'UNESCO, que nous avions accueilli lors d'une exposition au Mo.Co., et une grande conscience de l'État d'Israël, Elie Barnavi.
Ces deux hommes, que tant de forces veulent séparer, viendront ici, à Montpellier, dialoguer. Je crois que, cela dit, la force de la culture, le devoir de notre ville, Montpellier, d'être celle qui est capable de favoriser les rencontres, de retrouver le chemin pour s'écouter et partager. C'est ainsi que ce festival se vit.
Il se vit avec beaucoup d'intensité, beaucoup de partenaires qui se mobilisent tout au long de l'année pour le rendre possible, que ce soit l'université, nos libraires, d'innombrables associations dont nous avons la chance d'en avoir les bénévoles, des sponsors qui viennent au concours financier, j'y reviens, la Sofia, la fondation Michalsky, Altémed, Veolia, le groupe FDI, Opalia, qui sont à nos côtés. Alors, je voudrais terminer. C'est une fierté de vivre à Montpellier.
Il y a bien sûr plein de problèmes, comme partout, mais le choix qui est le nôtre, c'est de continuer à être une ville-monde, une ville qui dialogue avec le monde, une ville qui est capable de recevoir le monde, d'en écouter ses bruits, d'aller à la rencontre de ses imaginaires. Les forces du repli sont tellement fortes, précisément sur notre planète, que ce plaidoyer doit venir d'ici et de plus d'endroits possibles qu'ailleurs. Et d'une certaine manière, permettez-moi de clôturer cette déjà trop longue intervention par cette phrase d'un grand auteur russe, Dostoïevski, « c'est par la beauté que l'on sauvera le monde. »
Eh bien, d'une certaine manière, en voyant cette salle pleine de l'Opéra Comédie pour écouter une grande voix de la littérature ukrainienne, eh bien, c'est en soi un geste d'une grande beauté. Je vous remercie. Très bonne Comédie du Livre.