
Discours prononcé à l'occasion de l'inauguration de La Spirale de Germaine Richier sur l'esplanade Charles de Gaulle.
Marie Martin-Raget, merci d'être là. Je sais que vous êtes nombreux de la famille ici. La partie montpelliéraine est là, et puis Montpellier est dans le cœur ; vous êtes venus et on en est très honorés.
On mesure d'ailleurs, en vous ayant écouté, toute l'émotion qui est la vôtre. Et on est très heureux de pouvoir découvrir une nouvelle œuvre de Germaine Richier, j’y reviendrai.
Merci beaucoup à AG2R La Mondiale pour votre engagement décisif, aux côtés de nombreuses entreprises — elles ont été citées — mais aussi de plus de 170 Montpelliérains et Montpelliéraines qui ont répondu présents en faisant des dons à cette souscription pour nous aider à installer cette œuvre ici. Alors, je vais un petit peu parler de chiffres, puisque tout ça a toujours un coût.
La culture doit être financée. Mais là, pour la première fois depuis bien longtemps, c'est 72 % du financement qui provient du mécénat, des entreprises et des particuliers. Et je veux vous en remercier.
Car oui, les temps sont durs, mais si nous n'avions eu que 50 % de mécénat, nous aurions fait une délibération au Conseil de Métropole pour compléter. Donc merci à chacun d'entre vous.
Je voudrais vous remercier au nom des 307 000 Montpelliérains et Montpelliéraines, parce que nous donnons ici en partage une œuvre d'art, celle d'une grande artiste, Germaine Richier, qui a une relation très puissante à Montpellier et dont le Musée Fabre joue un rôle important.
Il y a eu la grande exposition en partenariat avec le Musée Pompidou, et que son président soit aussi remercié aux côtés de Michel Hilaire et de Maud Marron. Une salle dans le Musée porte son nom et il y a des œuvres, j'y reviendrai aussi.
Et le fait qu'il y ait plus de 170 donateurs individuels et d'entreprises, je veux y voir ici un moment puissant de réaffirmation du lien entre la ville, Montpellier, et son musée, le Musée Fabre. Cette institution culturelle est exceptionnelle dans notre pays.
Et ce n'est pas moi qui le dis : c'est Madame la directrice du Louvre qui l'a salué lors de la signature du partenariat impulsé par Madame Juliette Trey. Et donc, la promotion du musée, la vitalité du musée repose sur cette alchimie entre ses équipes — naturellement, que je veux saluer —, les élus qui font le choix budgétaire de le soutenir pour garantir son accès, les acquisitions… mais aussi vous, qui avez aidé à l'enrichir. Et cela est important.
Un musée ne peut exister que si ceux et celles qui y sont invités s'en emparent. Il existe mille et une manières de s'emparer d'un musée. Il y a cette petite fille que j'ai croisée hier devant le parvis de l'école Cocteau et qui m'a dit, Monsieur le Maire — alors elle était en maternelle, elle n'a pas tout à fait dit comme ça, elle a dit : « Michaël » voilà, je vous demande indulgence. Elle me dit : « J'ai travaillé sur la chauve-souris. »
Je me dis : mais qu'est-ce que c'est que cette affaire ? Et elle était dans le programme enfants ambassadeurs et ambassadrices du Musée. Et cette pitchoune de 4 ans nous parlait, elle me parlait de la chauve-souris de Madame Richier. Mais vous vous rendez compte de ce que nous avons semé ensemble ?
Et puis, quand l'œuvre a subi les dégradations des hooligans, l'émotion dans la ville était forte à cause de 30 crétins qui auront à répondre devant la justice de leur acte, eh bien, moi j'étais là et j'arpentais pour vérifier les travaux. Et tout le monde me disait : « Monsieur le Maire, vous allez bien installer la spirale de Madame Richier ? » J'ai répondu : « évidemment ». Et merci aux équipes qui ont travaillé là-dessus. Et puis vous, qui avez rendu possible ce projet. Donc, merci.
Vous avez dit une chose, Madame, très forte. Vous avez parlé du courage de mettre de la sculpture dans l'espace public. Ah ben, vous êtes tombée sur le bon, là. Ah, je vais vous le dire : ça va m'aider, parce que je suis convaincu que c'est important, l'art dans l'espace public.
Cette ville incroyable qui s'appelle Montpellier, qui est la seule ville où nous sommes transportés par des œuvres d'art. Et demain, à 17 h, du côté de Paul-Valéry, là où le portail Vasarely accueille les étudiants, nous allons voir enfin la ligne designée par Barthélémy Toguo commencer à circuler.
Ici, quand on a lancé le projet des travaux de l'esplanade Comédie, eh bien, j'ai dit : « On va réembellir cette esplanade et la place de la Comédie, parce qu'on va en faire le cœur battant de notre métropole, et par les arts et la culture. »
La salle Berlioz, incroyable, où se tient le festival de Radio France, à l'Opéra Comédie. Et ici, cette déambulation où nous sommes invités dans des lieux de culture : le Pavillon Populaire, qui accueillera la carte blanche de Raymond Depardon, la salle Rabelais, qui tient l'agora des savoirs et de rencontres magnifiques autour de la littérature dans le cadre de la Comédie du Livre, l'Opéra Comédie et maintenant le Centre d'Art Contemporain à La Fenêtre. Et bien sûr, notre merveilleux Musée, le Musée Fabre.
Et donc, l'esplanade Charles de Gaulle, consacrée aux arts et à la culture, les lieux devaient aussi avoir des œuvres d'art. Il y a ici les allégories de McCollum, voulues par mon illustre prédécesseur Georges Frêche, dont je veux saluer la mémoire. Et puis nous avons commencé par petites touches.
Et ici, « L'Europe et la mer » nous a été très gentiment prêtée pour être installée. Et puis est venue cette idée : au Centre Pompidou, Maud Marron à l'oreille me dit : « Monsieur le Maire, on pourrait peut-être accompagner votre projet là, sur la sculpture de Germaine Richier. » J'ai dit : évidemment, je n'ai pas regardé le budget à ce moment-là.
Pourquoi ? Je vais dire quelque chose qu'il faut dire. Vous savez, le XXe siècle n'a pas beaucoup écouté Aragon. Pourtant, le poète a toujours raison : « La femme est l'avenir de l'homme. »
Au XXe siècle, on a beaucoup consacré, dans nos rétrospectives, des artistes masculins, et Germaine Richier, si certes les œuvres ont été achetées dans les collections publiques, si certes le Musée Fabre a fait son travail parce que l'école des beaux-arts fut son école, au moment de sa disparition, il n'y a pas eu l'hommage qui était mérité, ni de sa ville, ni de la nation. Et donc, il était temps d'honorer sa mémoire et de la remettre en lumière comme cette très grande artiste du XXe siècle.
Et donc, cette exposition à Pompidou et au Musée Fabre était une contribution très forte, voulue par les deux institutions culturelles. Le choix fait par une femme Maire, Hélène Mandroux, de dénommer l'école Germaine Richier. Et bien, quand il y a eu ce projet, moi j'ai dit : « On y va », parce que justement, en face de l'école des beaux-arts, ici sur cette esplanade, nous voulons affirmer notre engagement en faveur de la culture, des arts, de ce qui élève l'esprit, de ce qui cultive la curiosité.
Alors s'est ouverte une discussion : quel endroit sur l'esplanade ? Et là, j'ai besoin de vous pour être les porte-parole de cette affaire, parce qu'il y a une affaire. Vous savez, le choix de l’endroit où on installe une sculpture n’est pas un choix simple. Vous avez des controverses de scénographie, de positionnement, d'endroits, etc.
Et là, la ligne d'eau, qui rythme mon discours par cette ambiance sonore, s'arrête devant le Musée. Elle aurait pu aller plus loin, et moi j'ai souhaité qu'elle s'arrête là pour qu'on tourne et qu'on soit invité. Et pour inviter, il faut créer du désir.
Germaine Richier étant très présente, il nous fallait l'installer là. Et donc, elle vient chercher notre regard et continue cette entrée vers le Musée Fabre.
Et maintenant, l'œuvre est là, et de manière espiègle, candide, naïve, poétique, belle, elle va venir habiter nos imaginaires. Et c'est tellement bien de parler de ça plutôt que de dire du mal des autres, plutôt que de créer des controverses futiles.
C'est tellement bien de prendre par la main un enfant et de lui dire : « Tiens, et si on allait voir cette chauve-souris dans ce Musée ? ». Et si nous essayons ensemble de créer ce type de relations qui nous élèvent, plutôt que ce monde tourmenté qui se déchire et se querelle au point de se détruire, eh bien, s'il pouvait exister, comme à Montpellier, cette ambition d'un plaidoyer où l'art et la culture sont dans l'espace public comme des invitations à rentrer dans nos lieux pour essayer collectivement de nous élever et de partager.
Et bien là, ce monde se porterait mieux. Alors ensemble, grâce à vous chère Madame et l'ensemble des ayants droit, grâce à vous chers mécène, grâce à nous, chers Montpelliérains, chères Montpelliéraines, nous sommes venus non pas poser un petit coquillage, mais bien une belle pierre à une grande idée : celle de la culture, que nous faut continuer ensemble à défendre.
Alors vous l'avez compris, on ne va pas en rester là. L'esplanade est grande, vous voyez où j'arrive, et nous allons continuer avec soin, avec élégance, parce qu'il ne faut pas saturer l'espace, mais à donner un compagnonnage à Germaine Richier le long, pour que nous continuions à un marché. Ce sera le travail de la directrice du Musée et des équipes, que je remercie aussi, qui ont beaucoup travaillé sur ce projet.
Et puis je vous ai parlé des enfants, mais en ce moment, on entend parler toutes les langues à Montpellier, parce qu'on a beaucoup d'amis touristes qui sont dans le petit train. Ils doivent se dire : « Mais elle est incroyable, cette ville, qui donne autant de place à l'art ! ».
Dans 300 ans, on ne sera plus là. Mais vous savez, on viendra visiter Montpellier comme ces villes italiennes où les mécènes venaient embellir les villes, leur donner un éclat de nulle pareille. Et ça, moi je dois vous le dire, c'est un de mes rêves : je ne serai pas là pour le voir réalisé, mais je sais qu'avec vous, et déjà grâce à vous, nous pouvons commencer.
200 ans du Musée Fabre, ce n'est pas rien : 200 ans d'une institution culturelle construite par des gestes de donation, par des volontés d'acquisition, par un public fidèle, et qui d'ailleurs ne se dément pas pour aller rencontrer un des grands artistes qui a marqué lui aussi notre pays et notre ville, Pierre Soulages.
Et bien, nous allons continuer. Le Musée Fabre va connaître des travaux d'extension dans le cadre de son bicentenaire. Vous allez me dire : « Il dit travaux encore ! ». Rassurez-vous le 20 décembre, tout est fini, mais nous travaillons tout simplement pour donner, pour que l'entrée Buren qui sera déposée pour être constituée, et bien nous puissions avec l'architecte Emmanuel Nebout, que je veux saluer, qui a accompagné l'autre rénovation du Musée Fabre, nous donner une très grande salle d'exposition et que nous puissions tout sortir des placards, des réserves et bien montrer d'autres collections du Musée Fabre.
Et donc, au fond, continuer cet élan qui est le nôtre, auquel vous avez tous et toutes participé financièrement, mais ici aussi, par votre présence, être venus dire combien il était important que nous ayons le souci du beau, d'embellir, et que notre ville se doit d'être reconnaissante à l'égard de ses artistes, de ceux qui ont façonné notre imaginaire.
C'est magnifique comme histoire d'amour, de façonner un imaginaire, et nous nous devons inlassablement de le défendre, parce que quand nous rencontrons leurs œuvres, elles nous éblouissent, parfois elles suscitent des controverses. Et Germaine Richier, avec celle du Christ d'Assy, nous a rappelé combien le droit au blasphème était une liberté fondamentale. Ainsi sont les artistes : défendons-les.
Merci à tous et à toutes, et contemplons, vibrons devant la spirale.
Illustration : image libre de droit